Hal COLLOMB

Théâtre chanté, musique,……

Voir la vidéo à « Source » Saint Alban le 15 novembre 2008.

La chanson, c’est du pain pour le cœur
Et tout laisse à penser que ce n’est pas fini…

 

       Entretien avec Hal Collomb, fondateur de la Compagnie de l’Épouvantail

CMTRA : Hal Collomb, tu es tombé dans la marmite folk au début des années 1970, et depuis, elle ne t’a pas lâché. Quelles ont été les étapes principales de ton parcours musical au long de ce dernier tiers de siècle ?

Hal Collomb : Allons-y ! 1970, c’est la bonne date, avec le festival de Lambesc, concrétisation des activités folks rustiques et point de départ d’un grand mouvement. Je suis arrivé là par hasard et paradoxalement par évidence, avec un coup de cœur tout aussi frais et intact à ce jour. Les maîtres mots de ce moment-là étaient la curiosité, la rencontre, le partage et l’échange, termes qui feraient pouffer de rires les responsables culturels et politiques d’aujourd’hui ! c’est te dire qu’on est vraiment peu de choses (et mon amie la rose me l’a dit ce matin). Tout ça pour en arriver là…
…mais tout laisse à penser que ce n’est pas fini…

En bref, mon parcours musical s’est peu départi de ces idées-là.
D’abord les aventures comme chauffeur du « Grand Mère Funibus Folk », ensuite le Grelot Bayou avec Dany et Ben Benhaïm, et puis la création de Chifonnie en 74 avec les frères Serge et Pat Desaunay (décidément prêt à jouer avec les fraternités) et la très belle Dianne Holmes-Brown (Holmes comme Sherlock, et Brown comme Charlie !).
Que de la Belle Aventure. Chifonnie est devenue très vite une compagnie musicale et théâtrale de création collective, agitée et curieuse. L’ouverture, par le biais du théâtre aux mots et au verbe, m’a conduit à une appréciation différente sur la chanson, et à une redécouverte d’auteurs injustement oubliés dans mes tiroirs. Le folk, pour lors, fréquentait aussi la chanson non traditionnelle, et les affinités avec des auteurs interprètes comme Michèle Bernard, Gérard Pierron, leurs propos, leurs thèmes, leurs ancrages me semblaient parfaitement en phase avec nos aspirations. De plus, malgré toute la poésie que l’on peut trouver dans les chansons traditionnelles, j’avais, à ce moment-là, bien des soucis pour dégauchir des textes en résonance avec la réalité.
Tout en gardant un sabot dans le folk, j’ai chaussé une grole pour une nouvelle compagnie aux activités plus élargies : la Compagnie de l’Épouvantail.

Et c’est donc très naturellement que je me suis retrouvé sur les chemins de la chanson d’auteur. Avec la création de concerts revisitant les chansons de taulards, d’amour, d’aventure, celles du « peuple et de certains », chansons de poésie, d’humour et d’expression. Sans oublier le travail avec les mômes, près de la moitié de mes activités dans le spectacle leur est toujours consacrée.

La Chifonnie à Vinsobres, 1975


Ton
chemin t’a amené à explorer de nombreuses formes musicales, quasiment toutes en rapport avec la chanson. Et là, c’est bien toi qui n’a jamais lâché la chanson ! Mais qu’est-ce qu’elle t’a fait ?

Que m’a fait la chanson ? Que du bonheur, pourrais-je dire. La chanson m’a fait rire, elle m’a aussi fait pleurer et je sens bien que ça va continuer, c’est comme ça.
Ma maman chantait toujours des chansons italiennes (ce qui finalement n’a rien de surprenant puisque c’est de là-bas qu’elle venait), je ne comprenais rien, mais c’était beau… Et déjà ses chansons me faisaient rire ou pleurer… Elles accompagnaient les chemins de la vie. La chanson s’est insinuée en moi comme ça, en douce. Elle fait partie de la vie, et, à ma façon, j’essaie de transmettre cette communication. C’est bien sûr le moyen d’exprimer nos sentiments, nos humeurs, nos indignations, nos rêves, nos déconnantes aussi. Une manière amoureuse d’accompagner la vie. La chanson, c’est du pain pour le cœur. Et puis aussi, face à ce qui se passe parfois, on éprouve des indignations, un mélange de colère et de fatalité, le même sentiment que par rapport à la mort… chanter c’est créer, et créer, c’est contredire la mort … Et quand mes mots ne suffisent pas, ou sont trop tasseux, je vais puiser dans les mots des autres, j’interprète… On a un trio avec Serge Besset et Alain Territo qui se nomme « Chansons volées par amour », je trouve ce nom formidable !

Aux cours des années, les appellations ont changé, on est passé du « folk » aux « musiques traditionnelles ». Comment as-tu vécu cette évolution ?

Folk ? Musique traditionnelle ?
Qui le premier a shooté dans le vase ?
Qui a raccroché son violon au mur pour partir en mission avec un « bagage culturel » ?
Qui a prétendu que la seule vérité de cette musique se trouvait dans la tradition, que le reste était une affaire de Babs ?
Que la musique « traditionnelle », c’est pas pour faire de la « musique », il y a des codes obligatoires, on ne change pas les mots, on ne rigole pas avec le sens, fut-il pétainiste ! Et puis, s’il y a des générations de curés qui se sont crevé la paillasse pour redonner un peu de propreté à ces chansons de ploucs, faut pas saloper leur boulot, eux ils ont bien noté, eux, ils savaient lire et écrire, et ceux qui changent les virgules sont de la crotte de biquet….
(je réalise en parlant comme cela que ça fait un peu polémique ! non… ah bon, merci, j’ai eu peur… ! et que du coup je parle caniveau, j’esquinte le vocabulaire et la grammaire, m’en voulez pas, ça fait du bien ! en plus, je caricature, je fais des raccourcis, mais on est entre nous).

Depuis, plus personne n’ose se revendiquer du folk peuple (ça fait Krasuky !, et moi, je l’aime bien Krasu, c’est lui qui a dit : « le vin, c’est un lubrifiant social »). Une partie des folk-clubs a disparu, à leur place parfois des soirées musiques traditionnelles (il y a moins de bière et plus de jupes plissées bleues avec des corsages blancs !).
La musique traditionnelle a conquis sa place dans les DRAC, ceux qui l’enseignent doivent être estampillés D.E, C.A., le musicien ou le chanteur routinier peut ranger son violon et son carnet de chanson, il ne fait plus partie du club. Bonsoir Madame ! Qu’on ne se méprenne pas, je peste contre les « saintes barbes », les ayatollahs de la tradition. Non contre ceux qui, contre vents et marées, ont su préserver une musique de qualité et de cœur surtout, même si nos chemins sont parfois différents, et leurs aides institutionnelles sont méritées.
           …. et tout laisse à penser que ce n’est pas fini….

Tu as parcouru pas mal de pays étrangers, certains très lointains géographiquement et culturellement, quelle est ton expérience de découverte la plus forte ?

À chaque fois le plaisir renouvelé de partager des moments de grâce dans d’autres bouts du monde.
Pour le grand public, c’est déjà vrai. Mais se retrouver devant des enfants du Québec, d’Inde, ou de Chine, et avoir les mêmes réactions, le même merdier dans la classe parfois, les mêmes sourires. Voir tous ces mômes aux cultures et aux vies si différentes et si pareillement les mêmes, c’est un grand bonheur, on a l’impression l’espace d’un instant d’être universel, d’être un terrien idem, d’habiter la même planète. Le langage des mots nous échappe alors, le langage de la chanson et de la musique nous appartient à tous.
C’est bien sûr un peu différent avec le public « adulte ». Je ne saurais dire précisément quelle est l’expérience de découverte la plus forte, cependant, nul doute que la Chine m’ait profondément marqué. L’incompréhension verbale nous ramenait au son, au geste, au regard. C’est la tour de Babel vaincue (poil au cul !).
Notre métier est magnifique parce que différent. Dans les pays lointains, les gens savent ce qu’est une chanson, ils ont certainement les mêmes, leur donner les nôtres, c’est partager un peu de notre intimité, et à leur manière, ils nous donnent souvent un peu de la leur. Je ne suis pas sûr qu’un journaliste pourrait s’entretenir des mêmes sujets avec autant de liberté. Nous avons parlé avec nos interprètes chinois (Madame Wang… aaah… madame Wang, et Monsieur Tang) du Tibet, de liberté, d’amour, de cul et de mœurs, de fric… un partage de nos curiosités respectives…. Le voyage … »qu’importe la chimère, seule sa poursuite vaut… »

Hal Collomb en Chine, 2001

On assiste depuis plusieurs années à un grand mélange musical, quel est ton sentiment sur ce phénomène de métissage ?

Sans aucune réserve sur le métissage, le mélange musical quand il est dicté par le désir, l’envie, le plaisir, la passion. J’aime bien la démarche de Ry Cooder, guidé par une curiosité insatiable, et une discrétion dans ses enregistrements métissés.
Par contre, je me sens plus que réservé sur les métissages culturels organisés, les jumelages de circonstance destinés à profiter d’une manne culturelle. Combien d’aventures vraies non soutenues, parce que peut-être trop bordéliques pour un responsable culturel qui n’a jamais su sauter à côté de la partition, et combien de projets insipides financés généreusement parce que sentant bon l’esthétisme et le présentable dans nos belles salles agréées (poil au nez !). Il ne suffit pas de mélanger les cépages, il faut beaucoup  d’amour et de sensibilité pour retrouver le mystère de la vigne.

Quels sont les groupes, les spectacles dans lesquels on peut t’entendre ?

Beaucoup de choses très dispersées, comme depuis toujours :  » Le Braconnier de Dieu « , lecture théâtralisée et chansons, d’après un livre de René Fallet, avec Dominique Bouchery et Bruno Martins. (super !). À Lyon le 13 janvier.  » Borgnefesse « , même formule que ci-dessus, mais avec un texte truculent de flibustier, en tournée à Saint-Pierre-et-Miquelon en mai. Un concert de Chansons commentées à notre sauce, avec Patrice Lacaud et Emmanuel Pariselle en Mars.  » Le cabaret de Cabarnaval  » (6 jours en février à Romans). C’est un projet que je mène auprès du metteur en scène Denis Donger, 30 personnes en scène pour un spectacle de 3 heures, thème cette année,  » l’esprit de 68 « , ça va dépoter, c’est carnaval, on peut mettre la dose de poil à gratter, et en plus du texte et des chansons, tout ce que j’aime ! Les Contes de l’Épouvantail toujours sur la route, avec Hélène Schalk (splendide). Et puis la préparation d’un voyage musical à Bornéo fin 2004, avec Patrick Mathis. Et encore une fois … tout laisse à penser  que ce n’est pas fini…

Propos recueillis par J.B.

 

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