Surprises -2

C’est le troisième cahier qu’Edma remplit avec sa cousine Sophie, 28 ans à elles deux.
Elles l’ont baptisé « Cahier des médisances ». Tous les événements familiaux sont notés avec un humour pointu, sans souci du ridicule, mais sans méchanceté !

Elle feuillette un des cahiers avec malice..

Page 19

 

 

Des nouvelles de Tonton  Morris. Il est toujours en garde à vue. Il a volé une mobylette de facteur. (Voir article précédent !)

Il a perdu les pédales (si j’ose dire..). Une pétition l’a fait sortir du refuge où il s’était caché (La S.P.A1). Mais la justice est vigilante. Nous lui avons apporté des croquettes au commissariat. Il s’en est léché les moustaches.

Le 20 décembre 2008

1 – Dirigée par le père Jules (voir page 3)

Page 7

 

 

« Tante Roberte ressemble à Voltaire. Dans son grand manteau gris, les cheveux mi-longs permanentés, sa démarche claudicante, de dos j’ai vu Voltaire comme on le voit à Ferney-Voltaire. »

Le rire d’Edma, en cascade, se déclencha quand elle revit la photo de la statue découpée et collée.

Page 11

Cà c’est tonton  Marcel, mon préféré ! Chez le cardiologue, avec tata Louise.

 16 mai 2007.

 

 

Page 3

Le Voyage à PARIS pour

les 30 ans de mariage de Tata Louise et Tonton Marcel.

 

Le premier jour, au restaurant, après le cassoulet, tata avait encore faim.

Alors…

Mais le soir à l’hôtel avec Tonton Marcel, ça ne s’est pas très bien passé.

Tata a réclamé un prêtre pour l’extrême-onction.

Il a fallu appeler le SAMU. Il n’y avait plus de  place à Paris1. Alors on l’a envoyé à Toulouse (peut-être à cause du cassoulet..).

Tonton Marcel, ancien spéléologue, n’a pas été autorisé à l’accompagner dans l’ambulance.

Il est monté sur le toit et s’est couché sur l’ambulance.

 Jules, le  curé, qui venait d’arriver  a dit qu’il ne perdrait pas une seule de ses brebis (on a appris plus tard qu’il avait été hippie au Larzac) et a suivi  à Solex .

 

1-  Il n’y avait pas encore le superviseur de Roselyne !

A l’arrivée Tata allait mieux. Mais Tonton et le curé ont été hospitalisés en hypothermie. Comme il n’y avait pas assez de place, le SAMU  les a rapatrié  à Paris.

Tata, elle est rentrée directement à Roanne avec le Solex du père curé.

 Après tout est rentré dans l’ordre.

Enfin presque, puisque le curé  lui, il a quitté les ordres.

Maintenant il vit à Mably. Il est responsable de la S.P.A.

Il vient toutes les semaines manger un cassoulet à la maison.

On rit bien en écoutant leur aventure.  (Edma)

 

Texte de Maurice Gay.

 (Ces historiettes sont presque imaginaires, mais toutes contiennent des bribes de vérité, caricaturées, que reconnaîtront peut-être les acteurs…)

Surprises – 3

Le dernier verre.

 

La glace légère craquait sous les pas. Les cumulus lourds et noirs plombaient le ciel. Un vent froid et âpre pénétrait les vêtements, et emmenait les mots et la buée qui se formait sur les lèvres des présents.

Ils étaient nombreux, hommes, femmes à attendre sur le terre-plein en graviers du funérarium en ce mois de novembre.

Claudius Decase, leur ami, allait partir en fumées grises, grises comme le temps aujourd’hui. Ils étaient là, Jean-Pierre alias Coy, grand gaillard efflanqué, tailleur de pierres, humaniste, à la voix grave de baryton. Jean-Charles, facteur et comédien, tête de Fernandel, gouailleur, un sac de plastique à la main. Marcel, un malabar, gérant de bistrot et ancien rugbyman. Jojo, gringalet à la voix perché, compagnon de toutes les bringues. Madeleine « la Rouquine », la compagne attentive, la bouée de sauvetage de tous ces loustics. Elle en a écouté, consolé, engueulé en riant, en pleurant, dans le désordre. Et d’autres encore, des cas, des généreux au boulot comme dans la vie, des inventeurs de réalité, de rêves, de mise en scènes, amoureux de musique tendre ou échevelée, gratteurs de guitare, pas amasseurs de noisettes, toujours prêts à donner un coup de main sans autre forme. Un verre ensemble après, ou un peu plus jusqu’à des heures, à rire et à refaire un monde plus généreux.

Claudius leur ami, tonnelier de métier composait des poèmes en taillant le bois, en cerclant, inventait des outils, des méthodes, des situations théâtrales, des répliques, des brèves de comptoir. Parlons-en du comptoir justement. Il était à deux pas de l’atelier, le troquet de Marcel, copain depuis la primaire à Pouilly les Oies. C’était des retrouvailles chaque soir. Rires et pots de rouge sur le zinc en vrai zinc.

Il a commencé à rouler quand ses tonneaux ne l’ont plus fait. Les haltes au bistrot se faisaient plus fréquentes, plus longues. La maladie l’a emporté brutalement il y a trois jours.

La foule des amis est rentrée au funérarium.

« Pas de cimetières, disait Claudius, laissons la place aux vivants, aux bons vivants. La seule trace que je voudrais laisser est celle d’un verre sur le zinc, verre qui aura trinqué avec les vôtres, secoué par nos rires et nos larmes. »

Au moment du dernier départ, aller simple, avant que le cercueil s’engage dans le tunnel, Jean-Charles s’est approché et à ouvert son sac. Il a sorti une bouteille de rouge, un petit Macon bien parfumé, et deux verres ballons qu’il a posé sur la boite. Il a débouché la bouteille avec le petit bruit classique et a versé un peu de rouge dans les deux verres. Les amis surpris se sont approchés, émus et silencieux. Jean-Charles a trinqué avec le verre posé sur le cercueil et, comme s’il parlait au bar a dit :

« Claude, mon ami, pour la première fois, tu nous fais faux bond. Tu pars le premier. Ce verre  t’accompagnera  sur le dernier chemin. Au moment de trinquer, regarde-nous. Les rires et les larmes, l’étincelle de l’œil, la main sur l’épaule, et puis tu vas retrouver Georges, l’ami de toujours. Tu chantais, bien, c’est vrai :

Mais où sont les funéraill’s d’antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères
Qui suivaient la route en cahotant
Les petits macchabées, macchabées, macchabées, macchabées
Ronds et prospères
Quand les héritiers étaient contents
Au fossoyeur, au croqu’-mort, au curé, aux chevaux même
Ils payaient un verre
Elles sont révolues
Elles ont fait leur temps………..

Plutôt qu’d’avoir des obsèqu’s manquant de fioritur’s
J’aim’rais mieux, tout compte fait, m’passer de sépultur’
J’aim’rais mieux mourir dans l’eau, dans le feu, n’importe où
Et même, à la grand’ rigueur, ne pas mourir du tout
O, que renaisse le temps des morts bouffis d’orgueil
L’époque des m’as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil
Où, quitte à tout dépenser jusqu’au dernier écu
Les gens avaient à cœur d’mourir plus haut qu’leur cul
Les gens avaient à cœur de mourir plus haut que leur cul. »

 Le maitre de cérémonies, ahuri, bouche bée, privé de paroles est en déconstruction.

Les amis s’approchent et à leur tour trinquent avec le Glaude.

Pas de larmes, quelques sourires un peu crispés, mais….

En sortant du funérarium, une trouée de lumière perce le ciel sombre. Des reflets orangés, rouges marquent les nuages. Le vent a cessé. Le grand Coy dit tout haut :

« Bon Diou ! Glaude, tu aimerais ça ! » . Il se reprend et dit, en pointant le doigt vers le ciel :

« Glaude, c’est toi qui as fait ça ? »

 

 

Texte deMaurice Gay

(D’après les mots émus de quelques amis. Les noms, lieux, personnages sont de mon imaginaire. C’est l’émotion que j’ai voulu privilégier.)

Que le spectacle continue

Que le spectacle continue….

J’en suis encore ému. Je ne sais pas comment vous raconter ça.

Je vais le faire sans fioriture, comme nous l’avons tous ressenti. Notre ami Alain, après une longue, cruelle maladie est parti, sans plainte, avec dignité et cet œil toujours amusé, spectateur de la vie.

Sa passion d’enfant était le cirque. Pendant quarante années, il a côtoyé tous les cirques, troupes, collectionné les objets, les affiches, les cartes postales, les livres, les animaux sculptés, fait des recherches sur les événements circophiles de France et d’Europe. Il connaissait tout sur la transformation des compagnies, le nom des dresseurs, des jongleurs, des clowns. Les histoires d’animaux échappés, les rapports de police, les compte-rendu de la SNCF. Une véritable encyclopédie du cirque, sollicité de l’Europe entière. Au fil des ans, l’espace de stockage nécessaire est devenu l’équivalent d’un petit gymnase. Il était friand des manifestations sur le cirque et a participé, bien sûr,  à une de mes aventures sur ce sujet : « Dessine-moi un chapiteau » à Roanne, en 2007. Il connaissait Pierre Etaix et Bruno Arlès le jongleur, l’homme du cirque, nés tous deux dans la région. En un mot, sa vie était le cirque.

Il est décédé le 16 juin 2011. A la sortie de la cérémonie d’adieu, nous eûmes tous la chair de poule. Sur la rocade, devant le funérarium, en une longue procession, les véhicules du cirque Zavatta passaient lentement. Des camions cages, nous parvenaient quelques cris d’animaux. Coïncidence !

 

BOUCHERY- Alain

Il m’a semblé revoir son visage de Jean Ferrat éclairé d’un rire juvénile. Sa mort était aussi le cirque.

« Je veux qu’à la prochaine réunion des Historiens, à la fin de celle-ci, tu indiques que je ne viendrais plus, motif : j’ai changé de planète »

Alain dans un dernier courrier postal adressé par l’intermédiaire de sa fille Laure. 

Le tabac tue dit Georges

Georges

 

 

« Le tabac tue, me disait Georges, c’est pour ça que j’ai arrêté ». Nous étions assis à l’avant de sa vieille Renault 6, au mois de mars sur la D54, entourés  de champs tristes et désertiques qui bordent la route. J’allais rejoindre mon ex et je lui avais demandé de m’y conduire. J’étais encore sous le coup d’une suspension de permis de conduire et Georges, au chômage, m’avait proposé de m’emmener.

« Tu paies l’essence et en plus elle consomme rien ma bagnole, enfin en essence, parce que l’huile c’est une autre paire de manches ! «

C’est un marrant mon pote, on se connait depuis le CM2, alors on sait tout l’un de l’autre, notre vie familiale, les premiers amours, les conneries, le boulot, enfin, celui qu’on avait. J’ai été viré comme entraineur de l’équipe de France du jeu de billes. Notre équipe n’a pu se qualifier au premier tour des sélections. Eliminée pour cause de dopage, tu parles, comme si le Jaja était cancérigène ou anabolisant. J’avais arrosé le départ de mon ex, enfin, avant qu’elle soit mon ex et on avait forcé un peu sur le beaujolais et le calva. Le voisin de chambre de l’hôtel avait appelé les flics à 3 heures du matin. Une bagarre a éclaté avec les forces de l’ordre qui nous ont mis en cellule pour nous protéger, soi-disant du voisin de chambre, irascible et alcoolo repenti.

Georges a fait tous les métiers, réparateur de poupées en porcelaine, allumeur de réverbères, épépineur de framboises, ouais ça existe, éleveur de lamas, sourcier dans le Larzac. La conjoncture économique l’a rattrapé avec  ses boulots improbables du siècle dernier. Il vient d’être viré de son boulot de chaisier au jardin du Luxembourg. Il laissait les SDF dormir sur les chaises rapprochées confortablement. Le directeur fonctionnaire des chaisiers de France, par lettre recommandée, lui a fait part de son licenciement pour faute grave, en soulignant que les sièges de la république n’étaient que provisoires et qu’un cumul des dits sièges était dorénavant répréhensible, au titre de l’article 74 de la loi du 5 avril 2008.

Après deux heures de route, Georges a voulu s’arrêter pour se soulager. Il s’est garé à droite et est parti « faire pleurer Titine, cause prostate » qu’il a dit, dans le chemin bordé de haies de l’autre côté de la route, peinard.  En l’attendant je suis sorti en griller une pour pas l’emmerder dans sa tire.

J’avais presque fini ma clope quand j’ai vu Georges revenir sur la route. Un bahut venait dans l’autre sens et j’ai fait signe à Georges de venir plus vite. Ce con a trainaillé un peu pour déconner et puis pour se racheter, a traversé en courant.  Le chauffeur l’a vu surgir et a paniqué. Il a braqué en direction du fossé opposé, freinant à mort et klaxonnant à 150 décibels.

Le cauchemar a commencé. Le bahut a écrabouillé  la R6, versé dans le fossé, les colis ont giclé et des caisses se sont envolées dans les airs. Georges, qui m’avait presque rejoint,  a reçu une pluie de colis sur la tête et a disparu dans le fossé.  Le tout en quelques secondes d’enfer .Quand j’ai repris mes esprits, j’ai couru vers le fossé ou reposait Georges. Il était enseveli sous  les caisses éventrées. J’ai commencé de le dégager en hurlant. Sur les caisses et les paquets, sa mort était annoncée en caractères noirs imprimés sur fond blanc : « Le Tabac tue ». Un camion de la S.E.I.T.A m’a fait perdre mon copain d’enfance.

La chemise à manches longues me démange. Mes mains serrées dans le dos m’empêchent de me gratter. Les deux messieurs en blanc qui m’accompagnent et poussent mon fauteuil dans les allées ne répondent jamais à ma question « Jojo a t-y eu une prémonition  ou non !». Les deux messieurs hochent la tête. « C’est oui ou non ? », je dis encore.

Yag

La reconstitution

La reconstitution.

Historique. 

Dans une affaire complexe, un inculpé (Le sieur Albert Tombac) aurait, selon la gendarmerie, parcouru les 49 kilomètres séparant les points A et B en 18 minutes 20 secondes, à une vitesse moyenne de 160 kilomètres/heure, sur de petites routes départementales en traversant 2 villes, 3 villages, 2 hameaux, un passage à niveau, 2 ponts étroits, 4 feux tricolores dont un de chantier, une déviation en terre, 5 ralentisseurs. Ce déplacement aurait été effectué le matin du 19 mai 2007, entre 1 heure 11  et 1 heure 29 minutes 20 secondes, par temps de pluie (crachin, selon la gendarmerie).

Les premiers constats.

Son véhicule est de marque Peugeot 205, 20 ans d’âge, 260000 kms parcourus, pneus dépareillés, et n’a pas de certificat de contrôle technique depuis 10 ans. Un tampon de tissu bouche le réservoir, depuis la perte du bouchon, plusieurs années auparavant (sic, le propriétaire du véhicule). Un seul phare avant est en état de fonctionnement, les essuie-glaces sont inopérants.

L’avocat de l’inculpé réfute la faisabilité technique de ce déplacement et demande une reconstitution.

Les préparatifs de la reconstitution.

Le juge a fait appel à un pilote sportif, Bastien Joeb, qui bien que doutant de la performance est prêt à essayer ce « circuit », mais ne voulant pas prendre le risque de mettre des vies en danger, utilisera son  véhicule  habituel, une 205 également, mais rallye, réglée en usine.

Par ailleurs, dans le but de sécuriser d’une part les habitants, d’autre part les voyageurs éventuels, tout le parcours sera interdit à la circulation, dans les deux sens. Des bottes de paille seront placées aux points chauds. Un éclairage d’appoint sera placé aux points critiques, la chaussée nettoyée deux heures avant le départ de la reconstitution. Ceci afin de préserver l’état du réseau routier. La ligne de chemin de fer, quant à elle, sera fermée temporairement afin de protéger les installations, le personnel naviguant et les passagers.

La compagnie républicaine disposera des contrôleurs tous les cent mètres, le long du parcours, soit 49000/100 = 490 CRS sans compter les intervalles. Prévoir également les cas de RTT, les temps de récupération, les dépassements congés et maladie.  Deux hélicoptères se relaieront sur le parcours et filmeront le déplacement en infrarouge, pour apporter la preuve par devant le tribunal, de la faisabilité du déplacement.

La reconstitution.

Ce jour, 22 juin 2010, par devant nous, maîtres Pierre et Miquelon, huissiers de justice, a eu lieu la reconstitution du parcours de A à B par la gendarmerie de xxxx, prévue au titre de la loi (Feuillet 1245A, modifié en 2007), article 712.

En l’absence de travaux, terminés depuis juillet 2007, des panneaux signalétiques « Attention Travaux » ont été posés sur 3 kms du parcours, à l’endroit précis des dits travaux en mai 2007. Les ponts hors normes, les feux tricolores, les ralentisseurs, disparus lors d’icelle, ont de la même manière été remplacées par des panneaux judicieusement placés. En l’absence de crachin, des vaporisateurs « Sipray » ont été remis à un CRS sur 3 tout au long du parcours dans le but de reproduire les conditions climatiques au plus près.

Monsieur Joeb assisté par son copilote navigateur, a pris le départ à 1 heure 11 depuis le point A, en direction de B. De A jusqu’au point 32 (32km), le retard présumé de monsieur Joeb n’était que de 1 minute 30 secondes, malgré un vent favorable de 2m/s.

C’est à l’intersection de la D861 et du CD 143, en direction de B, que s’est produit l’incident. Le char fleuri de la philharmonie de Saint Pierre, de retour de sa participation à la fête de la musique de Saint Rataplou, déboucha en fanfare, sans tambour ni trompette (si j’ose me permettre !), du CD ci-dessus.

la rencontre

Monsieur Joeb sortait d’un virage à la vitesse de 175 km/h (mesurée par un radar placé là pour la reconstitution),  et avec un sang froid exceptionnel, devant la route barrée par le char et les 37 occupants ébahis, a braqué à gauche, effleurant (c’est le mot juste) le char au passage et franchissant le talus, qui a fait office de tremplin. (Les images prises par hélicoptère permettent de décomposer l’action au ralenti. Nos remerciements à Monsieur le juge XXXX, de sa prévoyance).  A une hauteur estimée de 23 mètres (record du monde, non homologué), Monsieur Joeb a survolé l’étang du Taplou, la ravine de Rata, le centre aéré de Rataplou, la stabulation de Monsieur XXXX , agriculteur, la clôture électrifiée d’icelle avant d’atterrir sur la ligne droite de la D861 en direction de B.

en l-air

La vitesse à l’atterrissage n’étant plus que de 120 km/h, et après les calculs mathématiques de l’institut polytechnique de XXX, une déduction de temps de 2 minutes a été décidée. Elle inclût la diminution forcée de vitesse, le « pretium doloris » infligé au pilote, la bonification au premier, d’après les recommandations de la FIFA.

Monsieur Joeb a terminé l’épreuve, (pardon, la reconstitution) en 18 minutes 32 secondes sous les applaudissements du public, des 490 CRS, des 32 musiciens, des élus (la gauche s’est abstenue), de l’entreprise XXXX, responsable des travaux, du propriétaire de la stabulation libre, de l’éleveur, etc.

Il a déclaré avec une sincérité qui l’honore « Que cette épreuve était la plus difficile de sa carrière, qu’il n’était qu’à 12 secondes du record et qu’il félicitait Albert Tombac pour sa première place. Je souhaite  retrouver sur un autre  circuit ce champion de légende », a-t-il ajouté, se passant autour du cou les 2 couronnes de fleurs des champs arrachées du char fleuri.

Le procès.

L’accusation affirme qu’elle a fait la preuve de la faisabilité du parcours, donc de la  participation de l’inculpé aux faits reprochés de terrorisme (le secret est maintenu quant à ces faits), et en conséquence le tribunal  inflige au sieur Albert TOMBAC une peine incompressible de 10 ans de travaux forcés. Dans sa grande mansuétude, la  cour  renonce aux peines prévues par la loi concernant la vitesse excessive, le mauvais état du véhicule. La justice, une fois encore, a eu raison. « Ce n’est que justice » a ajouté le procureur, véritable courroie de transmission de cette Justice dont nous pouvons être fiers…

Yag, le 23 octobre 2010.

Notes de lecture :

 Technicien de lecture:  Daniel PAIRE dit Pépé

Note de lecture n° MRGNN-1515

Date: 23 oct 2010

Titre : La reconstitution

Genre: nouvelle débridée

Sujet: reconstitution de délit

Lieu: routes de campagne

Personnages:

  • l’accusé Mr Tombac, pauvre gars, dindon de la farce est accusé à tort dans une affaire bien mystérieuse !
  • le champion Joeb, auxiliaire zélé de la justice qui fait tout pour se rendre intéressant
  • 490 CRS pour une fois non affectés aux manifs donc ne tapant pas sur les manifestants (positif)
  • 2 pilotes d’hélico, tous deux as de l’aviation surement, car volant de nuit
  • 2 huissiers pas très en odeur de sainteté, Pierre et Miquelon, complices assermentés de ce déni de justice
  • le conducteur du char fleuri et les 37 musiciens en goguette rescapés, miraculés de l’accident

Impressions de lecture: texte qui fait penser plus à une note technique et à un procès verbal de gendarme qu’à une nouvelle littéraire.

Accumulation loufoque de termes juridiques et de descriptions cocasses tendant à donner une image très critique de la justice hexagonale et d’un régime habile à manier l’arbitraire pour combattre une vague de terrorisme imaginaire. Le style alerte et une description quasi méticuleuse des faits amènent sur le visage du lecteur un petit rictus vite estompé par le sort dramatique réservé à l’accusé.

Témoignages, suite…

1 – J’aime bien l’histoire de ce pauvre Tombac et je dois ajouter que j’ai bien connu les huissiers Pierre et Miquelon. « Iles » étaient venus saisir une vielle « morue » que je croisais souvent vers l’hôtel du Tagazzou où elle œuvrait…